samedi 23 décembre 2006

Paradoxes Temporaux

Depuis la Nuit des Temps


Avez-vous déjà pensé à voyager dans le temps ? Oh, j'en suis certain, ne vous inquiétez. Vous y avez déjà tous réfléchi, caressé l'idée, peut-être même dans un contexte malheureux. Un être cher que vous vouliez revoir, ou bien juste un rêve de voir ce que serait le futur. Mais imaginons les conséquences.


Nous avons la fameuse machine à voyager dans le temps. Le fonctionnement importe peu, quelques branchements, des leviers, une date quelconque, paf ! Nous sommes dans le passé (ou le futur, c'est au choix). On pourrait se voir, et pourquoi pas, intéragir avec nous-même. Ouf. Ce simple geste vient de nous coûter l'existence. Pensons à ce que notre nous du passé dirait aux autres, il saurait que nous avons le moyen de voyager dans le temps, la guerre est déclenchée entre les pays pour trouver la méthode le plus tôt possible, c'est le chaos. Ou mieux encore, imaginez qu'il en parle aux autres, qu'on le prenne pour fou, que ça se répercute jusqu'à nous, et que dans notre présent à nous nous n'avons jamais eu d'amis.


Imaginons cette situation amusante: on se promène gaiement dans un corridor, quand tout à coup, cul-de-sac, nous tombons nez à nez avec une porte fermée à clé. Heureusement, nous avons un double de nous qui arrive avec la clé et nous la donne, puis repart. Nous ouvrons la porte... Nous visitons l'endroit et passons jusqu'à où notre double était. Puis on se voit arriver devant la porte close, et puis on se tend nous-même la clé. Cette clé est fictive, alors.


Le paradoxe temporel de l'écrivain est très célèbre. C'est l'exemple d'un écrivain qui écrit un livre génial à succès. Nous retournons dans le passé, avant même qu'il ait pensé l'écrire, et puis nous lui donnons son livre. Il le copie et il devient célèbre. Pourtant, il n'a rien inventé. C'est nous, qui lui avons donné un livre, qui s'avérera n'être en fait que ce qu'il aura copié.


Retournons dans le passé pour tuer notre grand-père. Paf. Nous ne sommes plus. Sauf qu'au moment où nous n'existerions plus, il serait illogique que notre grand-père ait pu mourir: nous n'avons jamais existé. Or, nous existons toujours, et nous retournons dans le passé pour tuer notre grand-père. Il y a quelque chose qui ne fonctionnera jamais.


Et puis allons plus simplement: puisque nous ne savons pas voyager dans le temps, alors cela signifie que nous ne saurons jamais voyager dans le temps. Puisque forcément, si un jour nous l'apprenions, nous retournerions dans le temps pour nous montrer la façon. Mais on peut en déduire que ça n'arrivera jamais.


Retourner dans le passé serait une roue sans fin. Si nous nous sauvons la vie, nous allons constamment sauver la vie de notre existence. Il y aura toujours des noeuds où nous devrons sauver notre propre vie. Imaginez: nous tombons en bas d'un immeuble, mais il y a un double de nous du futur qui nous rattrape au moment où on tombe. Il nous replace, puis repart. À ce moment, c'est à notre tour de se sauver nous-même. Il y aura notre nous du passé qui tombera en bas, et nous le rattraperons. Ainsi va le cercle vicieux des voyages du temps.


Exposons la théorie que nous pouvons voyager dans le passé et puissions nous voir nous-même. Nous venons d'ouvrir un monde parralèle, notre univers adjacent, afin d'aller recueillir le même temps d'il y a longtemps, l'univers d'à côté qui se déroule un peu après nous, avec un décalage horaire. Et si les conséquences n'affectaient que les univers parralèles et non le nôtre ? Par exemple, si je tue mon ami dans le passé, et que je reviens dans le présent. S'il y est toujours, eh bien à quelque part d'autre, l'existence aura changé, et dans l'autre univers mon ami sera décédé et le sort en aura décidé autrement pour eux, là-bas.


Toujours en train de rêver que nous puissions ouvrir des failles dans le temps, dans l'air, vers des mondes superposés au nôtre, si près qu'on les touche toujours, mais ne pouvons jamais y parvenir. Des portes unidimensionnelles ou bidimensionnelles, qui sont des portes entre les univers parralèles, où l'on peut voir ce qui se passe dans le monde d'à côté, et lorsque franchie, où l'on peut voir notre propre monde derrière. Lorsque nous sommes derrière cette porte, nous ne la voyons pas. Comme si le monde s'arrêtait aux frontières de cette porte, une sorte de fenêtre, mais vers un autre espace. Ce serait plutôt intéressant, d'attendre devant cette porte, que nous-même, dans l'autre univers, rencontrerait également cette porte. Et nous serions de chaque côté, ébahis de se voir, et de voir l'autre espace, échangeant de fenêtre pour vivre dans le passé ou le futur de notre vie.


Tant qu'à visiter le temps, et si nous visitions la mort ? Nous irions loin loin loin, puis nous sortirions la tête pour explorer le monde des morts. Il n'y aurait peut-être rien. Peut-être que nous perderions la tête à jamais, au sens propre. Peut-être que le néant est plus fort que tout. Peut-être serait-ce une grande citée où errent l'âme de tout ceux qui étaient vivant, peut-être tomberions-nous sur un tribunal, qui choisi qui ira au paradis ou en enfer. Nous retournerions avant notre naissance, voir nos parents jeunes, notre petite famille et son histoire. Toutes les feuilles de notre arbre généalogique. Nous visiterions tous ces printemps, ces hivers, ces étés et ces automnes, les milliers qui nous ont précédés...


Le temps est infaillible. Il est intouchable. Il avance et nous ne pourrons jamais jouer avec lui. Jamais nous ne pourrons le modifier. Le cours du temps est tracé, il est derrière. Reste à savoir s'il y a davantage de passé que de futur. Tout ce que je sais, c'est que le présent est minuscule, et que le temps de dire son nom il est déjà du passé. Le temps est la seule chose qui ne peut mourrir. Il pourrait figer, peut-être, mais il ne pourrait invariablement pas disparaître. Que serait l'univers sans notion de temps ? Le temps est maître de tout. Il peut tuer les étoiles, les planètes, il peut faire pourrir l'univers. Le temps est invincible. Mais nous le modifions à notre guise. Nous arrêtons le temps lorsque nous vivons des choses qui provoquent des sentiments excessifs. Nous ralentissons le temps lorsque nous ne faisons rien. Nous l'accélérons lorsque nous sommes dans un passe-temps intéressant. Pas pour rien, que ça s'appelle passe-temps. Nous pouvons le manier, le temps, chers amis, mais il ne pliera jamais à la volonté des hommes.


Le jour où nous modifierons le cours du temps, ce sera la fin. Mais à ce que je sache, je suis toujours là pour écrire ces lignes.

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